Mais Ou Est Donc… ma féminité ?

Ma Féminité, Ma conjonction de coordination

« quelle utilité  à mon  âge maintenant ?! » « Je n’ai jamais ressenti le moindre manque du côté de ma féminité« ,

Je me souviens des paroles de Maria dans le post « Entre Mère et Fille« . Depuis mes fonctions cognitives sont en alerte,  ça chauffe du côté des neurones du système limbique, ça s’agite du côté de la curiosité. Des questions sur la féminité en 4D!

Alors, mais où est donc ma féminité après une opération suite à un cancer du sein? avec ou sans mastectomie, il n’y a pas de différence dans les ressentis. Depuis 12 ans j’ai rencontré de nombreuses femmes affectées par un cancer du sein. Celles qui ont subit ou non une mastectomie, celles qui ont fait le choix de recouvrir leurs cicatrices de tatouages ou de se tatouer un signe pour ne pas oublier. Celles qui ressentent le besoin d’exhiber ce que leur super chirurgien a fait, une prouesse esthétique et celles qui sont insatisfaites du déséquilibre entre les 2 seins.  Mais comment oublier?  Comment intégrer cette nouvelle donnée sans souffrir tous les matins lorsque l’on s’habille?  Toutes ces belles rencontres, riches en émotions, en image positive de résilience, en fierté,  m’ont montré que chacune de ces réactions dépendent de l’idée de sa propre féminité. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réaction, c’est déjà une bonne chose! Aujourd’hui, plus 380 000 femmes ont été touchées par un cancer du sein depuis 10 ans. C’est 380 000  façons d’appréhender sa féminité. On est pas couché!

Comment faire pour se réapproprier son corps, l’accepter et être en accord avec lui?  Je me rend compte que la lingerie post opératoire que j’ai créé, est une goutte d’eau,  « une goutte dans  l’océan des besoins, mais une goutte d’eau qui aurait manqué à l’océan si elle n’avait pas été là » aurait dit Mère Teresa. Non je ne regrette rien et je suis ravie de découvrir toutes les nouvelles initiatives pour aider les femmes.

Les femmes et les hommes ce sont organisés pour partager cette étape essentiel de leur vie. Et sont nées de nombreuses associations. L’une des première est évidemment la Ligue contre le cancer  1918! « Prévenir, dépister pour mieux guérir » est leur fil rouge. Mais aujourd’hui toutes proposent des solutions pour que les patients se rencontrent,  échangent avec des professionnels de l’émotionnel. Il en existe beaucoup et il reste encore de la place pour de nouvelles initiatives. Chacun trouvera un groupe où échanger son vécu, où laisser déborder et exprimer ce trop plein d’émotion.  L’essentiel est de dépasser la superficialité des échanges et de pouvoir s’exprimer à cœur ouvert. Essayons réellement de voir plus clair dans ce qui se passe dans notre tête et dans notre cœur. Nous avons besoin des autres pour avoir la clairvoyance de nos ressentis. Acceptons cette conversation intime, d’abord avec nous même. Peut-être est-il nécessaire de commencer par l’écriture, mais soyons sincère. Quand on partage ses ressentis en ouvrant son cœur, ce n’est pas se fragiliser, c’est au contraire créer un lien qui est perçu par l’autre comme une marque de confiance. Un contact authentique peut naître.  Notre quête d’identité ne passe que par l’autre. « Lorsque tu me vois tel que je suis, j’existe ». Nous nous reconnaissons. « je te vois avec sincérité et humilité » Namasté!

L’importance de nos paroles est réelle, pour nous définir, pour définir notre féminité. Les épreuves de la vie nous poussent à la redéfinition de nous-même. Ma question était de savoir si faire le deuil de notre féminité était une solution après l’atteinte de nos organes, attributs de notre féminité, seins, ovaires, utérus?  Faire le deuil de sa féminité, serait renier une partie de soi-même, serait oublier une partie essentielle de soi, serait faire le deuil de son identité.  Aujourd’hui, je n’ai pas la réponse, mais je sais que le processus passe par une prise de conscience qui se fait grâce à ce que l’on accepte de partager.  Le chemin est propre à chacune et certainement chaotique.

Le chemin est long mais c’est une belle promesse de légèreté à l’horizon.

Je vous invite à découvrir Clarisse Pinkola Estes qui a écrit en 1996 « Femmes qui courent avec les loups ». Elle a passé sa vie à décortiquer notre psyché pour nous inciter à nous libérer de ce que l’on a au plus profond de nous même, cette féminité sauvage, libre et indépendante. Elle nous propose de suivre le chemin pour découvrir son « soi » et accueillir son identité en la respectant.

Dans ma boite à info :

Pour faire simple et comprendre ce qu’est une émotion j’ai repris mes classiques « Fred et Jamy » un petit rappel de 30min pour que ce soit limpide dans notre système limbique .

 

 

 

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Entre mère et fille

#WorldCancerDay

Hier était la journée internationale du cancer, une façon de parler et de se rappeler que cette maladie peu concerner des gens proches. Nous devons libérer la parole pour dédramatiser et savoir qu’il est possible de s’en sortir, que nous devons oser poser des questions. Mais surtout que nous devons accepter de nous faire dépister.

Alors j’ai décidé de partager avec vous un échange entre Maria, une femme touchée par un cancer du sein il y a 30 ans et sa fille Laurence.

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Laurence est une femme de 50 ans, Cheffe de service dans le secteur médico-social, son choix n’est certainement pas dû au hasard. A 16 ans elle perd son père, c’est un choc, sa mère n’a que 43 ans. Maria doit se battre pour panser sa peine et s’occuper de ses 2 filles.

Laurence :

« Ma mère est d’origine italienne,  c’était une femme très belle et très fière. La taille fine, une poitrine généreuse et des cheveux roux flamboyant. C’est quelqu’un de très courageux et de foncièrement honnête et altruiste. Elle ne supporte pas l’injustice et reste très soucieuse du bien-être d’autrui. Son parcours d’immigrée y est forcément pour quelque chose ! »

Voici leurs échanges autour de ce cancer très féminin qui les concerne tous, Laurence, sa sœur, ses nièces, son fils

L : Quand a t’on découvert ton cancer, raconte-moi comment ça s’est passé ?

 M : « mon kyste a été découvert en 1984, j’avais 45 ans, 2 ans après le décès de ton père,  il avait 44 ans. Il est d’une mort brutale. Encore aujourd’hui je me demande pourquoi il est parti si jeune.  1ère opération : on me le retire sans difficultés. Mais une récidive aura lieu 8 ans plus tard, en 1993 : j’ai été opérée à l’institut Marie Curie la même année. J’ai eu une ablation du sein droit, pour  éviter que les métastases se  propagent ailleurs. Tout s’est bien passé et cela  s’est parfaitement cicatrisé. Je n’ai  pas eu de chimio. Après  cette ablation, j’ai souffert au niveau du bras, je ne pouvais rien faire avec. J’ai dû faire de nombreuses  séances de Kiné pour récupérer la  mobilité de ce bras. Quelques mois après mon opération, on m’a conseillée de me refaire le sein. Je n’ai jamais ressenti le désir de faire une reconstruction mammaire.Peur de souffrir ? Mal informée ? je ne sais pas. C’est aussi en 1993 que j’ai rencontré  l’homme qui partage aujourd’hui ma vie, j’étais épanouie dans ma vie professionnelle et affective. »

L : Comment as-tu fait pour ta prothèse mammaire et ta lingerie?

M : « A cette époque en 93, je travaillais dans un club de sport . J’ai eu droit à une prothèse tous les ans tenue par un soutien gorge spécial. Personne ne se doutait que je n’avais plus qu’un sein. Je n’ai jamais voulu me refaire le sein car je n’ai pas vécu cette ablation comme une infirmité. Mais je suis extrêmement pudique et ne montre pas ma nudité comme ça. Je suis toujours allée à la pharmacie Bailly à Saint Lazare, par habitude. A l’époque, je ne connaissais pas de boutique spécialisée dans Les lingeries féminines.  Sinon, je pense que j’en aurai profité. Personnellement je n’ai pas été plus que ça perturbée par ce manque.       Ma prothèse et le soutien-gorge adaptés me convenaient d’autant plus que cela correspondait à mes moyens financiers. Il suffit d’avoir 2 ou 3 soutiens gorges en « rabe ». A l’époque j’aurais aimé avoir plus de choix dans ma lingerie, mais cela reste parfois beaucoup trop onéreux et quelle utilité  à mon  âge maintenant ?! ».

L : Comment en as-tu parlé au travail, à tes amis et avec le reste de la famille ?

M : « Je n’ai jamais voulu qu’on s’apitoie sur mon sort et n’en parlais jamais aux amis. J’ai toujours essayé de rassurer ma famille par rapport au cancer du sein et aux conséquences. J’avais un sein en moins et alors ? est-ce que cela se voit? non ! bon !. Je n’ai pris aucun médicament, j’avais droit à une visite annuelle à Curie. Au bout de 10 ans, mon professeur m’a dit qu’il ne voulait plus me voir, que j’étais guérie »

L : Qu’est ce qui t’as le plus agacé pendant toute cette période?

M :« J’ai été agacée de ne pas avoir été écoutée au moment où je souffrais du soit  disant Lymphœdème du bras. Pourquoi laisser les femmes souffrir après l’opération par de nombreuses séances de Kiné pour retrouver une mobilité de son bras alors qu’il pourrait être plus judicieux lors d’une anesthésie locale de séparer chirurgicalement ces petites chairs collées les unes aux autres…. Une amie très chère a eu plusieurs récidives du cancer du sein, et souffre le martyre avec son  Lymphœdème du bras »

L : Qu’est ce que tu aimerais dire aux femmes aujourd’hui et plus particulièrement à nous les femmes de ta lignée ?

M : « Je suis navrée que cela reste une obsession de ta sœur aînée qui appréhende,       angoissée avant chaque mammographie. Il suffirait de faire le test génétique ;  d’autant plus que nous sommes une famille à risque de cancer du sein. Ma mère est décédée à 99 ans avec un cancer de sein diagnostiqué à 97 ans. Il y a eu aussi la fille de mon cousin germain à qui on a fait l’ablation du sein à l’âge de 25 ans et qui est décédée à l’âge de 48 ans, d’une tumeur au cerveau. Je suis tentée par faire le test génétique car je sais qu’il y a un risque pour ma famille mais je ne sais pas si je pourrais en parler à mes petites filles, au vu de la crainte de leur mère à ce sujet. C’est pourquoi je pense me renseigner auprès de l’institut Curie.  Aujourd’hui mon conseil serait de dire aux jeunes femmes d’éviter de  fumer du tabac  et de boire de l’alcool modérément et s’alimenter sainement. Ce sont des facteurs pouvant favoriser certains risques de cancer »

Un dernier mot : «je n’ai jamais ressenti le moindre manque du côté de ma féminité. Je n’emploie jamais  le mot mutilation, on m’a libéré d’une tumeur, je m’en sors bien car je n’ai pas eu à subir de traitement de chimio. Le regard bienveillant et non compatissant des autres a été  important pour supporter cette épreuve. La famille aussi évidemment»

Merci à Maria et Laurence pour ce partage pudique, sincère et tellement humain. Merci d’avoir accepté de le partager avec d’autres femmes. Ce témoignage nous montre bien des choses. Tout d’abord qu’il est possible de surmonter cette épreuve mais aussi qu’il reste toujours des questions. 30 ans après, on retient avant tout la vie et tout le chemin que l’on a parcouru mais quelque soit l’âge, le moment de la vie, le partage et l’échange est primordial.

Nous reviendrons dans les prochains articles avec des réponses et des informations sur les différents sujets, lymphoedème, test génétique,…

 

#amourfiliale #famille #femmes